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LEON BLUM et le PROLETARIAT... VOUS RIGOLEZ !

  

  

Léon Blum :

Un réformiste explique comment le Front Populaire de 1936 consistait, face à la menace de révolution prolétarienne, à défendre les intérêts généraux de la bourgeoisie

 

 

Blum à Riom : « Mais je dois vous dire qu’à ce moment, dans la bourgeoisie et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m’attendait, on m’espérait comme un sauveur. »

"Je tiens à rappeler enfin que, dans ma profonde conviction, le vote rapide des lois sociales et la politique ouvrière que j’ai pratiquée – outre qu’ils m’étaient imposés par le respect des principes républicains – ont été l’unique moyen de prévenir, en France, les plus graves convulsions civiles."

 

Léon Blum, 4 novembre 1940

"En ce qui concerne ma prétendue faiblesse envers les meneurs extrémistes, c’est là une question de politique générale de mon Gouvernement sur laquelle je me suis déjà expliqué.

Je répète que, dans la situation qu’a trouvée mon Gouvernement, une autre manière d’agir aurait risqué de provoquer les pires convulsions civiles, encore infiniment plus redoutables pour la santé morale du pays, pour sa productivité industrielle et pour sa capacité éventuelle de défense contre l’ennemi. (…)

Il était inévitable qu’après une crise quasi révolutionnaire comme celle de mai juin 1936, l’effervescence se prolongeât pendant un certain temps, mais je reste convaincu que toute autre manière d’agir l’aurait prolongée et aggravée plutôt qu’apaisée, et j’ai conscience d’avoir rempli, honnêtement le premier des devoirs de ma charge, qui était de préserver la paix civile et de travailler à la concorde publique."

 

Léon Blum, 20 décembre 1940

"Je vous demande, Messieurs, de vous souvenir. Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la région parisienne étaient occupées. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d’heure en heure et de proche en proche dans la France entière.

 

Des témoins oculaires l’ont dit. M. Albert Sarraut l’a dit, M. Frossard l’a dit. La panique, la terreur étaient générales. Je n’étais pas sans rapports moi-même avec les représentants du grand patronat et je me souviens de ce qu’était leur état d’esprit à cette époque.

  

Je me souviens de ce qu’on me disait ou me faisait dire par des amis communs :

“Alors quoi ?

C’est la révolution ? Alors quoi ?

Qu’est-ce qu’on va nous prendre ?

Qu’est-ce qu’on va nous laisser ?”

Les ouvriers occupaient les usines.

  

Et peut-être ce qui contribuait le plus à la terreur, c’était cette espèce de tranquillité, cette espèce de majesté calme avec laquelle ils s’étaient installés autour des machines, les surveillants, les entretenants, sans sortir dehors, sans aucune espèce de signe de violence extérieur. (...)

  

M. Lebrun, me répondit alors :

  

“Les ouvriers ont confiance en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer les Chambres avant samedi et que certainement dans votre déclaration ministérielle vous allez leur promettre le vote immédiat des lois qu’ils réclament, alors, je vous en prie, dès demain, adressez-vous à eux par la voix de la radio.

  

Dites-leur que le Parlement va se réunir, que dès qu’il sera réuni vous allez lui demander le vote rapide et sans délai des lois dont le vote figure sur leurs cahiers de revendications, en même temps que le relèvement des salaires. Ils vous croiront, ils auront confiance en vous, et alors peut-être ce mouvement s’arrêtera-t-il ?”

J’ai fait ce que me demandait M. le président de la République."

 

Léon Blum au procès de Riom 1942

Encore à propos des Grèves :

Audience de la cour de Riom, 11 mars 1942 : Interrogatoire de M. Léon Blum

"(…)

M. LE PRÉSIDENT.

  

– Le troisième élément relevé contre vous par l’acte d’accusation, c’est d’avoir, par votre faiblesse devant l’agitation révolutionnaire, spécialement en tolérant des occupations et des neutralisations d’usines, amené une diminution considérable de la production : le tout évidemment en ce qui concerne les produits utiles à la défense nationale.

M. LÉON BLUM. – Les explications que j’ai à donner à la Cour se trouveront très abrégées par celles que je lui ai déjà fournies hier sur les mouvements de mai et juin 1936.

  

La Cour sait dans quelles conditions, sous quelle forme, avec quelle généralité s’est produit le mouvement d’occupation d’usines, ce que M. Lucien Romier, dans un article du Figaro de cette époque appelait l’explosion sociale qui est venue frapper le Ministère Blum au moment même de sa formation. Ce mouvement a commencé à décroître à compter de l’accord Matignon. La C.G.T., au cours des conversations de Matignon, s’était engagée à y mettre fin dans la mesure du possible.

  

Elle s’y est efforcée. Un appel a été lancé le soir même par M. Léon Jouhaux.

  

Il a été renouvelé. J’ai indiqué ailleurs une partie des raisons qui ont rendu plus lente la décrudescence de cette énorme marée humaine ; mais en fait, dès le mois de juillet, on pouvait considérer que le mouvement n’avait plus qu’un caractère local. Il y a eu en septembre une petite rechute qui a été de courte durée. Ensuite, on ne s’est plus trouvé qu’en présence de cas d’espèce tout à fait particuliers sur lesquels j’aurai, dans un instant, à revenir succinctement.

 

Ce mot d’occupation n’était pas rigoureusement exact, bien que maintenant il soit passé dans la langue courante.

  

Jamais une usine n’a été occupée du dehors : jamais les ouvriers venus de leur maison ne sont allés occuper l’usine. Ce qui se passait, c’est qu’à l’heure du débrayage, quand les sirènes sifflaient le repos et le départ pour l’équipe, les ouvriers, au lieu de s’en aller, restaient. L’expression populaire qui a été employée dans la région du Nord, où cette forme de grève avait pris naissance, est beaucoup plus juste.

  

En langage ouvrier, on appelle cela la grève sur le tas. C’est une expression très caractéristique, saisissante et qui rend mieux compte de la réalité.

 

Il faut noter qu’au point de vue de l’ordre public, cette forme de grève a d’incontestables avantages. Les ouvriers occupent l’usine, mais il est vrai que l’usine occupait les ouvriers.

  

Les ouvriers étaient là et pas ailleurs. Ils n’étaient pas dans la rue.

  

Au moment ou ils étaient tous groupés dans l’usine, ils ne formaient pas ces cortèges avec des chants, des drapeaux rouges, qui viennent se heurter aux barrages de police, ce qui produit des incidents violents et quelquefois sanglants de toutes les grèves connues.

  

Pas de contact direct sur la voie publique avec la force publique.

  

Il y avait violation du droit de propriété, cela ne fait aucun doute. Je n’ai jamais fait de difficulté de le reconnaître. Je l’ai déjà dit à la Chambre le 6 juin. Je l’ai répété toujours avec la même franchise dans les très nombreuses discussions auxquelles, dans les deux Chambres, les incidents de cette nature ont donné lieu.

  

Il y a violation du droit de propriété, d’un droit de propriété – remarquons-le – abstrait, théorique, puisque la grève est légale et qu’en réalité le propriétaire de l’usine n’était privé d’aucun droit utile. Mais enfin, il y avait, sans nul doute, violation d’un droit.

  

C’est le premier devoir du Gouvernement de faire exécuter les décisions de justice qu’un certain nombre de patrons ont provoquées en introduisant par exemple des référés.

  

Aucune espèce de doute et de restriction là-dessus.

Seulement voilà – nous allons encore parler politique, je m’en excuse – un gouvernement n’a pas qu’un devoir à la fois. Il n’en est pas des gouvernements autrement que des individus. Il y a pour les gouvernements comme pour les individus des contradictions et quelquefois des incompatibilités entre les devoirs différents.

  

Il y a pour le chef du Gouvernement des situations qui ressemblent à ce que l’on appelle dans la vie privée des cas de conscience. On est pris entre des devoirs différents et, en apparence ou en réalité, opposés, et on est obligé, chef de Gouvernement ou homme privé, d’établir une certaine hiérarchie entre des devoirs tous certains, comme de faire respecter le droit de propriété et comme d’autre part de préserver la paix publique.

  

C’est sous sa responsabilité politique dont les assemblées sont juges qu’un chef de Gouvernement choisit.

 

Je suis pénétré encore aujourd’hui, et plus que jamais, de cette conviction qu’à cette heure, dans la hiérarchie des devoirs, celui qui primait les autres, qui devait s’imposer, avant tout autre à moi, c’était de préserver l’ordre civique, c’était de préserver ce que j’appelais à la tribune du Parlement la paix civile. Je vous ai rappelé, et je défie encore sur ce point toute contradiction, que personne ne m’a jamais demandé autre chose, que, à ce moment, quand on était devant la réalité et non pas à six ans de distance, personne ne m’a proposé d’agir autrement que je ne l’ai fait.

  

D’ailleurs, Messieurs, vous pourrez apprécier, d’après l’ensemble des documents du dossier, par exemple d’après le texte que je citais hier : la déclaration de M. Sarraus au Sénat, reproduisant le langage que lui tenaient les patrons eux-mêmes quand ils parlaient d’un “potentiel de force et de passion qui animait en ce moment la multitude ouvrière” et qui aurait donné un caractère de luttes violentes ou de guerre sanglante à tout effort pour chasser les ouvriers par la force des usines.

  

Vous n’avez qu’à vous reporter à des documents comme celui-là pour vous demander si vraiment, en conscience, tel n’était pas le premier devoir de ma charge. (…)

Carence du Gouvernement ? (…) moi, je vais vous demander qu’elles auraient été les conséquences morales de la politique contraire.

  

Voilà la question que je voudrais poser.

  

C’est en effet le choix qui se posait à un chef de Gouvernement.

  

Je vois bien d’un côté un certain nombre d’heures perdues dont j’ai essayé de mesurer l’effet positif direct.

  

De l’autre, si dans des circonstances pareilles aussi périlleuses, aussi dramatiques j’avais pris, ou si M. Sarraut, – mon prédécesseur puisque j’ai trouvé cette politique déjà entièrement engagée – huit jours auparavant, avait pris l’initiative contraire, nous serions allés au plus grave des conflits sociaux, à la guerre civile.

  

C’était plus grave que ce qu’annonce M. de l’Escaille comme conséquence au point de vue rendement. Le ressentiment qu’aurait laissé dans la classe ouvrière, même vaincue, une politique de sanctions impitoyables et de répression n’aurait pas été moins grave, je suppose.

Il ne suffit pas de dire à un homme :

  

“Vous avez trahi les devoirs de votre charge”, il faut lui dire quels étaient ces devoirs. J’espère qu’on me les dira. J’espère qu’il existe dans l’esprit de la Cour ou du Parquet une sorte de Code des devoirs d’un homme politique.

  

Quand vous jugez un meurtrier, c’est tout simple, vous avez l’article du Code.

  

Il a tué. Le Code dit :

  

“On ne doit pas tuer.” Il n’y a pas de Code écrit pour les hommes politiques, les ministres, les anciens ministres. Il faut que vous en établissiez un dans votre esprit avant de l’appliquer. Il ne me suffit pas de me dire à moi ou à l’un de ceux qui sont sur ces bancs : “Vous avez trahi les devoirs de votre charge.”

  

Il faudra me dire auquel de ces devoirs j’ai manqué.

  

Il faudra définir mon devoir. Il faudra que vous m’affirmiez qu’à cette heure-là, dans une situation à laquelle je ne peux encore aujourd’hui penser sans angoisse, mon devoir était de jeter la France dans de tels risques, dans de tels périls, car je n’exagère pas, je ne grossis pas, je ne crois pas vous donner l’impression d’un homme qui travestit la vérité pour sa défense personnelle.

  

Si je m’étais trompé, qui m’empêcherait de le dire ?

  

De quoi aurai-je peur ? Personne ne me suppose de mobile bas, intéressé. Si je m’étais trompé, ce serait par excès de confiance, d’idéalisme, d’attachement à la classe ouvrière. Il n’y a dans tout cela rien de déshonorant pour un homme.

  

Si je m’étais trompé, qui m’empêcherait, je vous en prie, de vous en faire l’aveu ?

  

J’ai eu le temps de réfléchir, je vous l’assure.

  

Non, je ne me suis pas trompé. Mon devoir était clair, impérieux. Il était d’épargner à la France, à la suite de la guerre civile, la guerre étrangère, de ne pas provoquer entre patrons et ouvriers ce que les patrons redoutaient alors le plus, cette espèce de division morale qui est plus grave et plus pernicieuse que tout, dans un pays et dans une démocratie.

Mon devoir était de ne pas provoquer de semblables convulsions civiles. En tout cas, que j’aie eu tort ou raison, mon parti était pris : je n’aurais pas, moi, employé la force ; je n’aurais pas fait marcher la garde mobile et ensuite l’armée, dont ce n’était pas la mission.

  

Je n’aurais pas fait cela. Si je n’avais pas pu, par la persuasion et la conciliation entre ouvriers et patrons, ramener ce que j’ai appelé l’ordre civique, l’ordre républicain, j’aurais renoncé à mon mandat et peut-être à ma vie d’homme politique.

(…)

On a entendu quelques-uns des patrons du Nord. Ils viendront peut-être déposer à la barre ; ce sont des patrons parfois très durs. Je me rappelle des pourparlers d’arbitrage auxquels nous procédions M. Camille Chautemps et moi. M. Chautemps est d’une très grande affabilité naturelle.

  

Il était entré dans cette négociation avec un préjugé favorable à leur égard. Je me rappelle leur dureté et tout ce que cette dureté recouvrait d’âpreté autoritaire, de vieil esprit de patronat de droit divin. En les entendant, M. Chautemps fut soulevé d’une colère vraiment furieuse. Voilà vis-à-vis de quels hommes nous avons décidé les neutralisations d’usines.

Mais que faisions-nous en même temps.

  

Nous préparions l’arbitrage. Nous faisions évacuer les usines dès que le principe de l’arbitrage était accepté et c’est ainsi que les grèves se sont terminées.

  

Je ne sais plus si c’est M. Chautemps et moi qui avons arbitré – j’en ai arbitré tant – le conflit lillois ou si nous nous étions seulement chargés de la négociation préalable qui aboutit à l’acceptation de l’arbitrage par un patronat longtemps récalcitrant.

Dans la Sambre, j’ai eu la bonne fortune de trouver l’aide – car c’est bien, j’en suis à peu près sûr, dans ce conflit-là qu’il a offert un si précieux concours – d’un homme qui était mon ami, que quelques-uns d’entre vous ont connu et que tous ceux qui l’ont connu ont respecté.

  

Le premier président Paul Matter. C’est lui qui a arbitré ce conflit. Il m’a prêté le concours de son amitié dans cette circonstance, sans se laisser offusquer par le scandale des mesures de neutralisation.

La neutralisation était une sorte de mise sous séquestre, de mise sous scellés durant laquelle les droits de part et d’autre étaient réservés. Pendant ce temps nous maintenions l’ordre dans la rue.

  

Nous arrivions pratiquement au même résultat que celui qu’envisageaient

M. Waldeck-Rousseau et M. Millerand par leur loi sur l’organisation de la grève. Nous amenions les parties à l’arbitrage. Si une des parties se refusait à l’arbitrage, c’est contre elle que nous usions de la pression dont un gouvernement peut disposer.

  

C’est ainsi que nous sommes parvenus à résoudre ces conflits.

  

Ils étaient encore en cours – car il a fallu une disposition transitoire de la loi pour les régler – quand nous faisions voter par les Chambres un texte sur la conciliation et sur l’arbitrage obligatoire qui interdisait la grève aussi bien que le lock-out, avant que des tentatives de conciliation et d’arbitrage eussent suivi leurs cours.

  

Je constituai en même temps cette cour d’arbitrage dont un autre de mes amis d’autrefois, mon camarade Georges Pichat, avait bien voulu accepter la présidence. Aussitôt cette Cour fonctionnait et une jurisprudence de l’arbitrage s’introduisait petit à petit dans les mœurs.

Voilà comment, selon l’expression du Conseil de justice politique, je transformais des réformes sociales en instrument de division entre patrons et ouvriers. C’est par la conciliation, c’est par l’accord, c’est par l’entente, que j’ai essayé de régler toutes les difficultés de cette “explosion sociale” qui était venue frapper au visage le gouvernement dés son arrivée.

  

Et en cela, du terrain sur lequel la Cour se place, je pense que j’ai adopté la politique qui pouvait le moins nuire à la France et qui pouvait le mieux profiter à la production et au rendement du matériel.

Vous m’aviez cité des témoignages.

  

Vous m’en citerez d’autres. Il ne sera pas difficile de faire défiler 50, 100, 150 patrons qui viendront vous dire : “Il est arrivé ceci dans mon usine ; j’ai eu tel ennui, telle difficulté.”

  

Qu’est-ce que cela prouvera ? Cela prouvera qu’il y a eu des difficultés pendant cette époque.

  

Qui le nie ? Tout le monde le sait.

  

Croyez-vous que je discute sur la matérialité de ces difficultés ouvrières ? il y en a eu à ces moments-là ; il y en a toujours en France, avec une gravité variable.

  

La question n’est pas là. La question est de savoir si c’est moi qui les ai créées, ou si, au contraire, c’est moi qui les ai apaisées. Voilà le vrai problème. Et puis, c’est aussi de savoir si, apaisées par moi, elles ont eu cependant un retentissement sur le problème que vous avez spécialement à étudier et à régler. Mais en quoi est-ce un grief contre moi que venir me dire :

  

“Telle usine a été occupée de tel à tel jour.”

  

Et puis après ? Je le sais, je vous assure ; ces difficultés-là, personne ne les a vécues d’aussi près que moi, aussi péniblement que moi.

Mais quel a été mon rôle ? Ai-je eu un rôle d’excitateur ? d’aggraveur ? J’ai eu un rôle de conciliateur. Je l’ai eu obstinément. Je n’ai pas essayé autre chose, et j’y ai réussi, peut-être mieux qu’un autre n’aurait pu le faire à ma place.

  

C’est tout le problème [en effet !].

J’ai encore quelques mots à ajouter.

  

Je ne crois pas avoir éludé en rien l’accusation. Mais je voudrais faire un dernier effort pour la toucher dans ce que je sens bien être son réduit intime, dans ce que je sens bien être son intention, son inspiration profonde.

Pour mon usage personnel, quand je prends des notes pour mon travail, c’est ce que j’appelle “l’argument du venin”.

  

L’accusation semble convaincue – et c’est ce dont elle voudrait convaincre l’opinion – que ma politique a injecté dans la société française, et spécialement dans la classe ouvrière, un venin, un poison, un élément toxique, tellement toxique que ses effets délétères se sont poursuivis indéfiniment et durent peut-être encore aujourd’hui.

Je crois que c’est bien cela le fond de l’accusation, je crois que c’est bien le fond que l’on retrouve sous les divers griefs, sous les divers chefs d’accusation, sous les questions de tout ordre qui m’ont été posées au cours de l’instruction. Je ne veux pas dire que cela soit articulé d’une façon bien précise nulle part, mais je ne crois pas me tromper en affirmant qu’on sent partout cette idée latente et présente.

  

J’ai empoisonné le pays et je l’ai intoxiqué par ce qu’on appelle ma faiblesse et ma complaisance vis-à-vis des menées subversives et, premièrement, j’imagine, vis-à-vis du Parti communiste.

En quelques mots, sans embarras, je voudrais m’expliquer sur mes rapports avec le Parti communiste.

  

C’est entendu, le Parti communiste était entré dans la coalition de “Front Populaire”. C’est entendu aussi, l’année précédente, à la fin de 1935, un pacte dit “d’unité d’action” avait été conclu entre le Parti communiste et celui auquel j’appartenais moi-même, le Parti socialiste. La raison d’être de ce pacte d’unité d’action, comme la raison d’être de la coalition de “Front Populaire”, je vous l’ai déjà indiquée :

  

c’était un réflexe de défense instinctive contre les menaces, contre les dangers dont étaient menacées, en France, les institutions républicaines et la liberté elle-même [“danger fasciste”].

Mais le pacte d’unité d’action et la coalition de “Front Populaire” n’ont été conclus qu’après une certaine date, après la date où M. Laval, ministre des Affaires étrangères du cabinet Flandin, était parti pour la Russie, avait signé un pacte avec M. Staline et où M. Staline, par une manifestation publique et retentissante, avait approuvé, avalisé, les efforts qui étaient faits en France pour augmenter la puissance défensive du pays.

  

Ce n’est qu’après cette déclaration, après que les communistes, conformément à la déclaration de Staline, eurent abandonné, en matière de défense nationale, la position dite de défaitisme révolutionnaire que Thorez affirmait encore contre moi à la tribune dans le débat du 15 mars 1935, ce n’est qu’après qu’ils eurent renoncé explicitement à leur campagne autonomiste en Alsace-Lorraine, c’est seulement après cela, qu’ont pu être conclus d’une part, le pacte d’unité d’action et, d’autre part la coalition de “Front Populaire”.

Je ne crois pas que les dirigeants du Parti communiste eussent pour moi des sentiments de prédilection particulière. J’avais été, dans le Parti socialiste, l’homme qui, au moment de notre scission, avait le plus efficacement résisté à une adhésion globale du Parti socialiste français à la IIIème Internationale au Komintern.

  

J’étais l’homme qui, contre le Parti communiste, avait marqué le plus fortement la distinction ou même la contradiction des deux doctrines. Malgré tout, j’ai été partisan de l’unité d’action et de l’entrée des communistes dans le “Front Populaire”, à partir du moment où ces obstacles ont été levés : question de défense nationale et question d’Alsace-Lorraine.

Je suis devenu chef du Gouvernement. Je ne crois pas que dans une seule occasion, dans une seule circonstance, je leur ai cédé ; je ne crois pas que jamais, jamais sous leur pression, j’ai abdiqué un seul des devoirs que me dictait ma mission de chef de Gouvernement.

  

Dans une circonstance à laquelle j’ai fait allusion tout à l’heure, à propos de cette entrevue dont j’ai fait revivre certains aspects devant la Cour, le Parti communiste s’était prononcé d’avance contre moi, de la façon la plus menaçante ; mon attitude n’a pas été modifiée. Dans la politique dite de non-iimmixtion en Espagne, j’ai rencontré son opposition déclarée ; je n’en ai pas moins persisté dans ce que, toutes les données du problème étant posées, je considérais comme l’intérêt de la France.

  

À aucun moment je n’ai cédé.

  

Il est possible qu’il n’ait pas désiré que mon Gouvernement se prolongeât, qu’il ne m’ait pas toujours servi, si je puis dire, sans arrière-pensée, mais j’étais convaincu et je suis encore convaincu qu’il est impossible de défendre en France les libertés républicaines en excluant de cet effort les masses ouvrières et la fraction de l’élite ouvrière encore groupées autour de la conception communiste. Et je pensais surtout que c’était un immense résultat et un immense service rendu que d’avoir ramené ces masses et cette élite à l’amour et au sentiment du devoir envers la patrie.

Cela dit, qu’il y ait eu entre eux et moi telles ou telles difficultés, cela n’a plus d’importance et pour ma part, je les efface entièrement de ma pensée.

  

Je n’oublie pas qu’à l’heure où je parle l’Union Soviétique est engagée dans la guerre, dans la même guerre que nous, il y a deux ans, contre les mêmes adversaires. Je n’oublie pas que, dans la zone occupée, le Parti communiste fournit sa large, sa très large part d’otages et de victimes. J’ai lu l’autre jour, dans une liste d’otages donnée par un journal, le nom du petit Timbaud.

  

J’ai très bien connu le petit Timbaud :

  

c’était un secrétaire de l’Union des Syndicats métallurgiques de la région parisienne.

  

Il était à la conversation du 15 mars. Je l’ai vu souvent et j’ai été bien souvent en bataille avec lui.

  

Seulement, il a été fusillé et il est mort en chantant la Marseillaise, cette Marseillaise que, malgré tout, nous avions réapprise aux ouvriers à chanter, peut-être pas la Marseillaise officielle, peut-être pas la Marseillaise des cortèges officiels et des quais de gare, mais la Marseillaise de Rouget de l’Isle et des volontaires de l’an II, la Marseillaise du groupe de Rude, la Marseillaise de Hugo “ailée et volant dans les balles”. C’est comme cela qu’est mort le petit Timbaud et que sont morts beaucoup d’autres. Par conséquent, pour ma part, en ce qui concerne le Parti communiste, je n’ajouterai rien.

Est-ce que j’ai été plus complaisant envers mon propre Parti, envers le Parti auquel j’appartenais et que je représentais au Gouvernement ?

  

Je suis toujours demeuré avec lui dans le contact le plus étroit, mais je vous ai dit hier, à une autre occasion, quelle avait été mon attitude.

  

J’ai joué un rôle un peu singulier, un peu original dans la vie publique, en ce sens que je n’ai jamais recherché le pouvoir, que j’ai même mis à m’en écarter autant d’application et de soin que d’autres pouvaient mettre à s’en rapprocher et que j’en ai détourné mon Parti aussi longtemps que cela m’a paru possible.

  

Mais à partir du jour où les circonstances le lui ont imposé et me l’ont imposé, je n’ai jamais agi que comme chef responsable du Gouvernement républicain.

  

Si je m’étais trouvé en désaccord avec mon Parti, je vous ai dit hier ce que j’aurais fait.

  

Mais j’ai eu cette bonne fortune, tout au contraire, de le rallier à moi dans toutes les conjonctures difficiles de mon Gouvernement, bien que ses premières inspirations, ses premiers mouvements fussent peut-être contraires. Il en a été ainsi dans l’affaire de la guerre d’Espagne, il en a été ainsi dans l’affaire de la “Pause”, il en a été ainsi, lorsqu’il s’est agi en 1938, de former un gouvernement d’unité française.

  

Toujours, j’ai eu cette chance de pouvoir rallier autour de moi la masse de mes amis. Ce n’est pas moi qui me suis plié devant une volonté de Parti, c’est moi qui ai gagné le Parti auquel j’appartenais à la conception politique que je jugeais nécessaire en fonction des intérêts dont j’avais la charge.

  

Je ne me suis pas soumis à un Parti, j’ai persuadé le Parti de se soumettre à ce que je croyais être l’intérêt collectif, l’intérêt de la nation. Vous pouvez, je le répète, lire tous les discours que j’ai prononcés dans toute cette période, toujours la même notion du “bien public”, toujours l’appel aux mêmes sentiments : l’entente, la conciliation, la concorde. Le discours de Luna-Park dont je parlais hier, s’achève par un rappel de la définition sublime que Hugo a donnée de la patrie :

  

“O patrie ! O concorde entre les citoyens.”

Par conséquent, je ne trouve rien dans tout cela qui peut justifier cette accusation latente et constante. Je vois, excusez-moi, le bien que j’ai pu faire, je vois que j’ai apaisé de grands conflits sociaux, je vois que, pour la première fois, j’ai groupé l’unanimité autour des crédits d’armement ; je vois que j’ai préparé les esprits en France à cette conception de l’unité française qui aurait pu, qui aurait dû être aussi belle qu’elle l’a été dans les premiers mois de la guerre de 1914, car c’est un spectacle qui laisse à tous ceux qui l’ont connu un souvenir inoubliable [souvenir inoubliable de l’Union sacrée chauvine !].

  

Je vois ce que j’ai fait, je vois le bien que j’ai pu faire, que j’ai été assez heureux pour faire. Quel est le mal que même involontairement, même malgré une bonne volonté et un désir de bien, dont personne ne doute, je crois, quel est le mal que j’aurais commis ? Est-ce que mon crime d’empoisonneur et de traître, c’est d’avoir – on l’a dit – ruiné l’autorité patronale, détruit les cadres de la discipline ? Je ne le crois pas, car s’il en était ainsi, on aurait incriminé ma loi sur les contrats collectifs.

  

Cette loi sur les contrats collectifs, c’est elle qui a introduit la démocratie dans l’usine, celle qui frustre le patron de son droit, peut-être essentiel, lié dans une certaine mesure à son droit de propriété : le droit de discuter en tête à tête avec chacun de ses ouvriers, les conditions de travail. C’est elle qui fait du contrat de travail la matière d’une discussion égale, paritaire entre ouvriers et patrons, entre collectivité ouvrière et collectivité patronale.

S’il y a eu une loi qui a modifié le principe de l’autorité patronale, c’est bien celle-là. Pourtant, elle est en dehors du débat. Je ne suis pas de ceux qui ont jamais essayé de ruiner l’autorité du chef d’industrie.

  

Trop souvent, hélas ! les patrons s’en chargent eux-mêmes.

  

Je crois que, dans une démocratie ouvrière comme dans une démocratie politique, l’autorité est nécessaire, un chef la conquiert quand il donne à la fois l’exemple de la compétence, du labeur, de la justice et de la bonté. Mais en revanche, je crois qu’il y a une forme de l’autorité patronale qui a disparu et qu’on ne reverra plus ; celle dont helas ! pendant cette période difficile, certains patrons semblaient entretenir la réminiscence un peu douloureuse.

Le patronat de droit divin est mort.

  

L’autorité patronale analogue au commandement hiérarchique, analogue au commandement totalitaire, c’est fini, c’est mort. On ne donnera plus à des masses ouvrières le sentiment qu’elles sont asservies au travail par le lien d’une hiérarchie qu’elles n’ont pas eu le droit de discuter et auquel elles n’ont pas volontairement consenti.

Tout cela est d’un autre temps. Sous quelque forme qu’on la conçoive, même quand on la conçoit, comme on le fait aujourd’hui, l’organisation du travail ne sera plus et ne peut plus être qu’un système plus ou moins complexe de coopération, embrassant tous les personnels de l’entreprise, depuis le patron jusqu’au dernier manœuvre.

  

On ne mènera plus la multitude ouvrière par la contrainte, on n’asservira plus les masses ouvrières au travail.

Je cherche donc quel peut être le contenu tangible, concret de cette accusation dont personne ne pourrait dire qu’elle n’est pas présente sous toutes les charges dirigées contre moi. Et quand je cherche, quand j’examine à quoi répondent ces griefs de faiblesse et de complaisance par quoi l’âme de ce pays aurait été altérée, j’en reviens toujours en dernière analyse, à cette éternelle occupation des usines dont je vous ai tant parlé."

 

Léon Blum, 1942

Léon Blum : de famille bourgeoise et haut fonctionnaire du Conseil d’Etat à 25 ans ....

Quand on lit ce qui suit, il convient de se rappeler que tout cela n’a été possible que parce que Blum a eu le soutien total du Parti communiste, comme ici de Maurice Thorez !

Léon Blum déclare en 1942 sur la venue de la gauche au pouvoir en 1936 alors que la classe ouvrière occupe massivement les usines :

J’ai pris le pouvoir en effet le 4 juin au soir.

  

Les élections générales avaient eu lieu le 26 avril et le 3 mai. Entre cette date du 3 mai et le 4 juin, il y a un intervalle, un inter-règne d’un mois à peu près.

  

Or, il y a eu très certainement, si j’en juge par les conversations avec le magistrat instructeur, certaine tendance à anticiper quelque peu sur mon arrivée réelle au pouvoir et à comprendre d’avance dans mon gouvernement tout le mois qui s’est écoulé depuis le résultat définitif des élections générales.

  

Je ne m’en étonne pas autrement, puisque ce mois de l’inter-règne a été également le mois pendant lequel a commencé et s’est développé le mouvement des occupations d’usine. Je tiens à préciser très exactement que pendant ce mois, je n’étais pas le chef du gouvernement. (…) J’en reviens maintenant aux circonstances dans lesquelles ont été votées, non seulement la loi des quarante heurts, mais les autres lois sociales.

  

Je l’ai déjà dit à la Cour ; cette loi de quarante heures fait partie intégrante d’un ensemble politique. Cette politique, je n ai pas eu à la choisir, elle m’a été imposée dans les circonstances où j’ai pris le gouvernement, par une nécessité de droit, et par une nécessité de fait, ayant véritablement le caractère d’un cas de force majeure."

  

Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la région parisienne étaient occupées. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d’heure en heure et de proche en proche dans la France entière La panique, la terreur étaient générales. Je n’étais pas sans rapport moi-même avec les représentants du grand patronat et je me souviens de ce qu’était leur état d’esprit à cette époque. Je me souviens de ce qu’on me disait ou me faisait dire par des amis communs.

  

"Alors quoi ? c’est la révolution ? Alors quoi ?

  

Qu’est-ce qu’on va nous prendre ?

  

Qu’est-ce qu’on va nous laisser ?..." Les ouvriers occupaient les usines. Et peut-être ce qui contribuait le plus à la terreur, c’était cette espèce de tranquillité, cette espèce de majesté calme, avec laquelle ils s’étaient installés autour des machines, les surveillant, les entretenant, sans sortir au dehors, sans aucune espèce de signe de violence extérieure.

  

Je suis arrivé à l’Élysée avec mes collaborateurs vers 7 heures du soir.

  

Je les ai présentés au président de la République. Au moment où nous allions nous retirer, M. Albert Lebrun nous a dit : "J’ai une demande à vous transmettre de la part de M. Sarraut, président du conseil, ministre de l’Intérieur et de la part de M. Frossard, ministre du Travail. Ils considèrent la situation comme si grave qu’ils vous demandent de ne pas attendre jusqu’à demain matin pour la transmission des pouvoirs.

  

Ils vous prient avec instance de vous trouver l’un et l’autre au ministère de l’Intérieur et au ministère du Travail dès ce soir 9 heures, pour qu’il n’y ait pas un instant de délai d’interruption dans le passage des services. Ils ne veulent pas plus longtemps demeurer chargés d’un intérim dans les circonstances actuelles". (…)

  

M. Albert Lebrun m’a demandé de rester auprès de lui et m’a dit ceci : "La situation est terrible, quand comptez-vous vous présenter devant les Chambres ?" Je lui ai répondu : "Après-demain, samedi, je ne vois pas le moyen d’aller plus vite".

  

Il me dit, alors : "Vous allez attendre jusqu’à samedi ? Vous ne voyez pas ce qui se passe ?"

  

"Comment voulez-vous que j’aille plus vite ? ai-je repris. Il faut malgré tout que je rédige la déclaration ministérielle, que je convoque un conseil de cabinet et un conseil des ministres. D’ailleurs matériellement convoquer les Chambres pour demain serait impossible". M. Lebrun me répondit alors :

  

"Les ouvriers ont confiance en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer les Chambres avant samedi et que certainement dans votre déclaration ministérielle vous allez leur promettre le vote immédiat des lois qu’ils réclament, alors je vous en prie, dès demain adressez-vous à eux par la voix de la radio. Dites-leur que le Parlement va se réunir, que dès qu’il sera réuni vous allez lui demander le vote rapide et sans délai des lois dont le vote figure sur leurs cahiers de revendications en même temps que le relèvement des salaires.

  

Ils vous croiront. Ils auront confiance en vous, et alors peut-être ce mouvement s’arrêtera-t-il ?" J’ai fait ce que me demandait Monsieur le président de la République, et qui, au point de vue correction parlementaire était assez critiquable, car du point de vue de la stricte correction parlementaire et républicaine, je n’avais pas d’existence avant de m’être présenté devant les Chambres et d’avoir recueilli un vote de confiance. J’ai donc pris la parole à la radio le lendemain et j’ai dit aux ouvriers ce que m’avait dit à moi Monsieur le président de la République.

  

Je leur ai déclaré : "Parmi les revendications que vous présentez dans toutes les usines, il y en a qui sont du domaine du législateur.

  

Dès que le Parlement sera réuni, nous lui demanderons de voter, et cela dans le délai le plus bref possible les lois que vous attendez. Je m’en porte garant près de vous... "

  

Je me suis alors présenté devant les Chambres le samedi avec cette déclaration ministérielle qui a, elle aussi, un caractère assez particulier et assez original. Le Gouvernement s’est, en effet, présenté devant les Chambres en leur disant :

  

"Je suis ici l’expression d’une volonté populaire qui s’est manifestée par un programme, je n’ai pas d’autre programme que celui sur lequel cette volonté du suffrage universel s’est prononcée et que nous avons pris tous l’engagement de réaliser". Et en me présentant ainsi devant les Chambres, je leur ai demandé de placer à leur ordre du jour de la semaine suivante une première série de lois parmi lesquelles figuraient la loi de quarante heures, la loi sur les congés payés et celle sur les contrats collectifs.

  

  

Ce qui était l’état d’esprit du chef de l’État était aussi l’état d’esprit du grand patronat. La conversation avec M. Albert Lebrun est du jeudi soir. Dès le vendredi matin M. Lambert-Ribot, qui avait été mon camarade pendant de longues années au Conseil d’État avant d’entrer, comme un trop grand nombre de membres des grandes administrations publiques ou de l’université, au service d’organismes patronaux, M. Lambert-Ribot, avec qui j’avais toujours entretenu des relations amicales, m’a fait toucher par deux amis communs, par deux intermédiaires différents afin que, le plus tôt possible, sans perdre une minute, je m’efforce d’établir un contact entre les organisations patronales suprêmes, comme le Comité des forges et la Confédération générale de la production, et d’autre part la Confédération générale du travail. Sans nul doute, j’aurais tenté moi-même ce qu’on a appelé l’accord de Matignon.

  

Mais je dois à la vérité de dire que l’initiative première est venue du grand patronat. MM. Lambert, Ribot, Duchemin, Delbouze, anciens présidents de la Chambre de Commerce de Paris étaient chez moi et nous réglions ensemble une conversation avec la CGT, déjà acquise du côté patronal. (…) Sans perdre une minute, je m’efforce d’établir un contrat entre les organisations patronales suprêmes, comme le Comité des forges et la Confédération générale de la production, et d’autres part, la Confédération générale du travail. (…)

  

On ne demandait qu’une chose aux Chambres : aller vite, vite, afin de liquider cette situation redoutable, cette situation que j’ai qualifiée non pas de révolutionnaire mais de quasi-révolutionnaire, et qui l’était en effet. (…)La contrepartie, c’était l’évacuation des usines.

  

Dès ce jour-là, les représentants de la CGT ont dit aux représentants du grand patronat qui étaient à Matignon : Nous nous engageons à faire tout ce que nous pourrons et nous le ferons. Mais nous vous en avertissons tout de suite.

  

Nous ne sommes pas sûrs d’aboutir.

  

Quand on a affaire à un mouvement comme celui-là, à une marée comme celle-là, il faut lui laisser le temps de s’étaler. Et puis, c est maintenant que vous allez peut-être regretter d’avoir systématiquement profité des années de déflation et de chômage pour exclure de vos usines tous les militants syndicalistes. Ils n’y sont non plus. Ils ne sont plus là pour exercer sur leurs camarades l’autorité qui serait nécessaire pour faire exécuter nos ordres."

  

Et je vois encore M. Richement qui était assis à ma gauche, baisser la tête en disant :

  

"C’est vrai, nous avons eu tort" (…)Mais je dois vous dire qu’à ce moment dans la bourgeoisie, et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m’attendait, on m’espérait comme un sauveur. ... un homme auquel on attribue sur la classe ouvrière un pouvoir suffisant pour qu’on lui fît entendre raison, et qu’il la décidât à ne pas abuser de sa force. (…)

  

C’était sur la foi de ma parole, sur la foi des engagements pris vis-à-vis d’eux et du Parlement républicain que, petit à petit le mouvement s’est épuisé. Il n’y a aucun doute en qu’à partir de Matignon la décrudescence ait commencé. Il y avait un million de grévistes à ce moment-là, et trois semaines après 100 000. À la fin de juillet (1536) on pouvait considérer que le mouvement était terminé. (…)

  

Voilà Messieurs, dans quelles conditions ont été votées les lois sociales dont l’accusation extrait la loi des quarante heures. (…) vous imaginez que la loi des quarante heures, du moment où elle a été votée, a réduit la durée du temps de travail effectif en France à cette époque ? Vous imaginez-vous qu’on travaillait quarante heures en juin 1936 ? On ne travaillait pas quarante heures (...) c’était une exception, un privilège dans un établissement français. (…)

  

On me citait récemment le mot de M. Louis Renault : La loi des quarante heures ! Ah ! Si je pouvais être sûr de donner trente heures de travail par semaine à mes ouvriers. (…) En 1938, c’est autre chose. (…) J’ai donc obtenu l’accord... qui porte à quarante-cinq heures, par addition de cinq heures supplémentaires, le temps normal de la durée de travail dans tous les établissements travaillant directement ou indirectement pour la Défense nationale.

  

Ce sont les besoins, c’est la rotation nécessaire des machines qui sont la donnée fixe et le travail des hommes qui doit être la donnée mobile. (…) J’ai rempli le premier devoir de ma charge qui était de maintenir ce que j’ai appelé l’ordre civique, l’ordre républicain, d’éviter l’effusion de sang, d’éviter la guerre civile et puis de tenir loyalement, publiquement la promesse que j’avais donnée. (…) La journée plus courte, les loisirs, les congés payés, le sentiment d’une dignité, d’une égalité conquise, tout cela était, devait être, un des éléments qui peuvent porter au maximum le rendement horaire tiré de la machine par l’ouvrier. (…)

  

S’agissant des usines travaillant pour la défense nationale, les dérogations à la loi des 40 h ont toujours été accordées. En outre, en 1938, j’ai obtenu des organisations ouvrières une sorte de concordat, portant à 45 h la durée du travail dans les usines opérant directement ou non pour la défense nationale. (…) J’ai déposé un grand projet fiscal... qui vise à tendre toutes les forces de la nation vers le réarmement et qui fait de cet effort de réarmement intensif la condition même, l’élément même d’un démarrage industriel et économique définitif. Il sort résolument de l’économie libérale, il se place sur le plan d’une économie de guerre. (…)

  

Et je pensais surtout que c’était un immense résultat et un immense service rendu que d’avoir ramené ces masses et cette élite ouvrière à l’amour et au sentiment du devoir envers la patrie. (…)Nous avons fait respecter le droit de propriété. Par exemple, au commencement d’octobre, une grève de restaurateurs et d’hôteliers a éclaté juste au moment du salon de l’automobile.

  

Nous avons fait la même opération le mois suivant, en novembre, dans les grèves de la chocolaterie (…) Nous avons recommencé dans le Nord à propos des neutralisations.

  

Une loi le principe de l’arbitrage accepté par les patrons, nous avons fait évacuer les usines. Elles ont été évacuées sans attendre que la procédure d’arbitrage fût commencée, sur la seule acceptation du principe de l’arbitrage., Le résultat avait été obtenu ; les grévistes avaient été mis hors des locaux qu’ils occupaient ; le droit de propriété était respecté. (…) J’ai apaisé de grands conflits sociaux, je vois que, pour la première fois, j’ai groupé l’unanimité autour des crédits d’armement, je vois que j’ai préparé les esprits en France à cette conception de l’unité française qui aurait du être aussi belle que dans les premiers mois de 1914, car c’est un spectacle qui laisse à tous ceux qui l’ont connu un souvenir inoubliable. "

  

"Je ne suis pas de ceux qui aient jamais ruiné l’autorité du chef d’entreprise. Trop souvent hélas ! les patrons s’en sont chargés eux-mêmes. Je crois que dans une démocratie ouvrière comme dans une démocratie politique, l’autorité est nécessaire ... Cette loi sur les contrats collectifs, c’est elle qui a introduit la démocratie dans l’usine. (…)

  

On ne donnera plus à ces masses ouvrières le sentiment qu’elles sont asservies au travail par le lien d’une hiérarchie qu’elles n’ont pas eu le droit de discuter et auquel elles n’ont pas volontairement consenti. (…) J’ai rempli un rôle auquel j’oserais presque dire que j’étais destiné, un de conciliateur. (…) Pendant que j’étais au gouvernement, la production a augmenté, non seulement pendant mon gouvernement, mais pendant les deux années qui l’ont précédé.

  

Ce n’est pas douteux ! (…) Karl Marx a dit que le prolétaire n’a pas de patrie, et en cela il était d’accord avec toutes les législations anciennes, car en Grèce ou à Rome, le prolétaire n’était pas soldat pour la raison qu’il n’avait pas de bien à défendre.

Mais Jaurès a dit que si le prolétaire n’avait pas de patrie, le progrès républicain, peu à peu, lui en ferait une, et que c’est à mesure qu’on crée peu à peu pour les ouvriers une copropriété de la patrie qu’on les engage à défendre cette patrie. Cette espèce d’accord unanime qu’on a trouvé en France au moment de la mobilisation était un peu la conséquence de tout cela, et par conséquent était un peu notre œuvre. (…)Dans les usines en grève, les ouvriers étaient là comme des gardiens, des surveillants, et aussi, en un certain sens, comme des copropriétaires. Et du point de vue spécial qui vous occupe, constater une communauté de droits et de devoirs vis-à-vis du patrimoine national, est-ce que cela ne conduit pas à en assurer et à en préparer la défense commune, la défense unanime ? (…). C’est à cette mesure qu’on crée peu à peu pour les ouvriers une copropriété de la patrie, qu’on leur enseigne à défendre cette patrie. (…) La conscience de ce qu’il y a d’indissoluble dans le régime moderne de la production, entre l’instrument matériel et le travail de l’homme, on sentait tout cela, mais les ouvriers aussi. Et cette idée, il ne faut pas vous imaginer qu’elle était toxique... Ils ne peuvent que coopérer à un sentiment d’unité entre les différentes classes qui composent la nation. Et au point de vue spécial qui nous occupe, constater une communauté de droits et de devoirs vis-à-vis du patrimoine national, est-ce que cela ne conduit pas à en assurer et à en préparer la défense commune, la défense unanime ? (…)

Un gouvernement n’a pas qu’un devoir à la fois. Il y a pour les gouvernements comme pour les individus des contradictions et quelquefois des incompatibilités entre les devoirs différents […] et on est obligé d’établir une certaine hiérarchie entre des devoirs tous certains, comme de faire respecter le droit de propriété et comme, d’autre part, de préserver la paix publique […] A cette heure, dans la hiérarchie des devoirs, celui qui primait tous les autres, c’était de préserver l’ordre civique, la paix civique […] La déclaration de Sarraut au Sénat, reproduisant le langage que lui tenaient les patrons eux-mêmes quand ils parlaient du potentiel de force et de passion qui animait en ce moment la multitude ouvrière [prouve que l’on] aurait donné un caractère de luttes violentes ou de guerre sanglante à tout effort fait pour chasser les ouvriers par la force des usines […] Mon devoir était clair, impérieux. Mon devoir était d’épargner à la France la guerre civile. […] En tout cas, que j’aie eu raison ou tort, mon parti était pris : je n’aurais pas, moi, employé la force ; je n’aurais pas fait d’abord marcher la garde mobile et ensuite l’armée […] Si je n’avais pas pu par la persuasion et la conciliation entre ouvriers et patrons ramener ce que j’ai appelé l’ordre civique, j’aurais renoncé à mon mandat et peut-être à ma vie d’homme politique. (…) Quelques mois après, la situation était différente […] on pouvait faire respecter la loi sans courir de pareils risques. La hiérarchie des devoirs à partir de ce moment-là a changé. Nous n’avons pas hésité : nous avons fait respecter le droit de propriété. Si, [en juin], je n’avais eu affaire qu’à 10.000 grévistes, la situation eût été bien simplifiée. (…)

Au commencement de 1937, un administrateur du Creusot [...],M. de Saint-Sauveur, [..] est venu trouver l’ambassadeur de l’Union soviétique à Paris, M. Potiemkine. Il y avait en ce moment, entre le Creusot et l’Union soviétique de petites frictions. Les soviets (sic) avaient demandé au Creusot de grosses pièces de navire.

Ces pièces n’étaient pas livrées par le Creusot, et le gouvernement soviétique croyait sentir de la part du fournisseur une certaine mauvaise volonté ! À plusieurs réponses, le gouvernement soviétique s’en était plaint, et ses plaintes avaient été transmises à l’administration de la guerre. M. de Saint-Sauveur a donc dit à M. Potiemkine : "C’est vrai, nous avons mis beaucoup de mauvaise volonté à vous livrer ces pièces, mais jouons carte sur table. Si vous voulez, jouons carre sur table Si vous voulez (…), nous vous livrerons ce matériel très vite (…) Mais, en échange, il faut que vous nous rendiez un petit service.

La loi de nationalisation est votée, mais elle n’est pas encore appliquée.

 

On discute encore au ministère de la guerre [...). Nous pourrions probablement nous arranger pour que dans les services techniques du ministère de la guerre, on n’insistât pas pour la nationalisation du Creusot. Seulement, il s’agit de neutraliser les influences socialistes. Le Creusot échappera à la nationalisation pour peu que vous vouliez bien dire un mot à ce sujet à M. Blum. M. Potiemkine a écouté sans mot dire, puis il a répondu que la seule chose qu’il pût faire était de transmettre purement et simplement cette conversation. Mais je ne peux pas croire qu’il l’aurait fait si le parti communiste en France, qui n’était pas sans liaison avec l’ambassade soviétique, avait eu vis-à-vis de la nationalisation des industries de guerre une position bien ardente. (…)

En quelques mots, sans embarras, je voudrais m’expliquer sur mes rapports avec le parti communiste. C’est entendu, le parti communiste était entré dans la coalition de front populaire. C’est entendu aussi, l’année précédente, à la fin de 1935 un pacte dit "d’unité d’action" avait été conclu entre le parti communiste et celui auquel j’appartenais moi-même, le parti socialiste.

 

La raison d’être de ce pacte d’unité d’action comme la raison d’être de la coalition de front populaire, je vous l’ai déjà indiquée : c’était un réflexe de défense dont étaient menacées en France, les institutions républicaines et la liberté elle-même.

 

Mais le pacte d’unité d’action et la coalition de front populaire n’ont été conclus qu’après une certaine date, après la date où M. Laval, ministre des Affaires étrangères du cabinet Flandin, était parti pour la Russie, avait signé un pacte avec M. Staline et où M. Staline, par une manifestation publique et retentissante, avait approuvé, avalisé, les efforts qui étaient faits en France pour augmenter la puissance défensive du pays. Ce n’est qu’après cette déclaration, après que les communistes, conformément à la déclaration de Staline, eurent abandonné, en matière de Défense nationale, la position dite de défaitisme révolutionnaire que Thorez affirmait encore contre moi à la tribune dans le débat du 15 mars 1935, ce n’est qu’après qu’ils eurent renoncé explicitement à leur campagne autonomiste en Alsace-Lorraine, c’est seulement après cela qu’ont pu être conclus et qu’ont été conclus, d’une part le pacte d’unité d’action et, d’autre part la coalition de front populaire.

Je ne crois pas que les dirigeants au parti communiste eussent pour moi des sentiments de prédilection particulière. J’avais été, dans le parti socialiste, l’homme qui, au moment de notre scission, avait le plus efficacement résisté à une adhésion globale du parti socialiste français à la IIIe Internationale, au Komintern.

 

J’étais l’homme qui, contre le parti communiste, avait marqué le plus fortement la distinction ou même la contradiction des deux doctrines.

 

Malgré tout, j’ai été partisan de l’unité d’action, et de l’entrée des communistes dans le front populaire, à partir du moment où ces obstacles ont été levés : question de défense nationale et question d’Alsace-Lorraine.

Je suis devenu chef du gouvernement. Je ne crois pas que dans une seule occasion, dans une seule circonstance, je leur ai cédé ; je ne crois pas que jamais sous leur pression, j’ai abdiqué un seul des devoirs que me dictait ma mission de chef de gouvernement.

 

Dans une circonstance à laquelle j’ai fait allusion tout à l’heure, à propos de cette entrevue dont j’ai fait revivre certains aspects devant la Cour, le parti communiste s’était prononcé d’avance contre moi, de la façon la plus menaçante ; mon attitude, n’en a pas été modifiée. Dans la politique dite de non-immixtion en Espagne, j’ai rencontré son opposition déclarée ; je n’ai pas moins persisté dans ce que, toutes les données du problème étant posées, je considérais comme l’intérêt de la France. À aucun moment je n’ai cédé. Il est possible qu’il n’ait pas désiré que mon gouvernement se prolongeât, qu’il ne m’ait pas toujours servi, si je puis dire, sans arrière-pensée, mais j’étais convaincu et je suis encore convaincu qu’il est impossible de défendre en France les libertés républicaines en excluant de cet effort les masses ouvrières et la fraction de l’élite ouvrière encore groupées autour de la conception communiste.

 

Et je pensais surtout que c’était un immense résultat et un immense service rendu que d’avoir ramené ces masses et cette élite à l’amour et au sentiment du devoir envers la patrie.

 

Cela dit, qu’il y ait eu entre eux et moi telles ou telles difficultés, cela n’a plus d’importance et, pour ma part, je les efface entièrement de ma pensée. Je n’oublie pas qu’à l’heure où je parle l’Union soviétique est engagée dans la guerre, dans la même guerre que nous, il y a deux ans, contre les mêmes adversaires.

 

Je n’oublie pas que, dans la zone occupée, le parti communiste fournit sa large, sa très large part d’otages et de victimes.

 

J’ai lu l’autre jour, dans une liste d’otages donnée par un journal, le nom du petit Timbaud. J’ai très bien connu le petit Timbaud :

 

c’était un secrétaire de l’Union des syndicats métallurgistes de la région parisienne.

 

Il était à la conversation du 15 mars.

 

Je l’ai vu souvent, j’ai été bien souvent en bataille avec lui. Seulement il a été fusillé et il est mort en chantant la Marseillaise.

Extraits de Léon Trotsky dans « La France à un tournant » (28 mars 1936) :

« Comprendre clairement la nature sociale de la société moderne, de son Etat, de son droit, de son idéologie constitue le fondement théorique de la politique révolutionnaire. La bourgeoisie opère par abstraction (« nation », « patrie », « démocratie ») pour camoufler l’exploitation qui est à la base de sa domination. (…) Le premier acte de la politique révolutionnaire consiste à démasquer les fictions bourgeoises qui intoxiquent les masses populaires.

 

Ces fictions deviennent particulièrement malfaisantes quand elles s’amalgament avec les idées de « socialisme » et de « révolution ». Aujourd’hui plus qu’à n’importe quel moment, ce sont les fabricants de ce genre d’amalgames qui donnent le ton dans les organisations ouvrières françaises. (…)

 

Aussi invraisemblable que cela paraisse, quelques cyniques (staliniens) essaient de justifier la politique de front populaire en se référant à Lénine qui, paraît-il, a démontré qu’on ne pouvait pas se passer de compromis et notamment d’accords avec d’autres partis. (…)

 

Les bolcheviks ont passé des accords d’ordre pratique avec les organisations révolutionnaires petites-bourgeoises pour le transport clandestin en commun des écrits révolutionnaires, parfois pour l’organisation en commun d’un manifestation dans la rue ou pour riposter aux bandes de pogromistes.

 

Lors des élections à la Douma, ils ont eu recours, dans certaines circonstances et au deuxième degré, à des blocs électoraux avec les menchéviks ou avec les socialistes révolutionnaires.

 

C’est tout. Ni « programmes » communs ni organismes permanents, ni renoncement à critiquer les alliés du moment. Ce genre d’accords et de compromis épisodiques, strictement limités à des buts précis – Lénine n’avait en vue que ceux-là – n’avait rien de commun avec le Front populaire, qui représente un conglomérat d’organisations hétérogènes, une alliance durable de classes différentes liées pour toute une période – et quelle période ! – par une politique et un programme communs. (…) La politique su Front populaire est une politique de trahison. (…)

 

Seule une infime partie des cadres de l’Internationale communiste avaient commencé leur éducation révolutionnaire au début de la guerre, avant la révolution d’Octobre.

 

Ceux-là, presque sans exception, se trouvent actuellement en dehors de la troisième internationale (stalinisée). (…) La majeure partie des cadres actuelle de l’Internationale communiste a adhéré non pas au programme bolchevique, non pas au drapeau révolutionnaire, mais à la bureaucratie soviétique.

 

Ce ne sont pas des lutteurs, mais des fonctionnaires dociles, des aides de camp, des grooms. De là vient que la troisième internationale se conduit d’une manière si peu glorieuse dans une situation riche de grandioses possibilités révolutionnaires. »

 

 

SUITE de cet article et SOURCES

http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248

 

 

 

 

 

 

 

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